GENERALITES

Avant de vous faire découvrir les caractéristiques attribuées au Kishu, ma bonne éducation me conduit à dire quelques mots des quatre autres races vernaculaires de l’archipel nippon, soit par ordre alphabétique pour ne pas froisser les susceptibilités : l’Akita, le Hokkaido, le Kaï et le Shiba.

Mes cousins et moi-même partageons cette communauté génétique de nous apparenter au type « Lupoïde » et d’être classés dans le groupe 5 « Spitz et chiens primitifs », section 5 « Spitz asiatique et races apparentées » de la nomenclature internationale. Trois d’entre eux tiennent leur nom générique de la région dont ils sont originaires.

  • l’Akita, de la préfecture d’Akita, au nord de l’île de Honshu ;
  • le Hokkaido, originaire de la région / préfecture / île de Hokkaido ;
  • le Kaï, issu de l’ancienne province de Kaï, aujourd’hui préfecture de Yamanashi (Honshu) ;
  • Originaire du centre de l’île de Honshu (préfecture de Nagano, notamment), le Shiba tient, quant à lui, son appellation de sa taille, plus ras de gazon que les autres ; une caractéristique qui s’est accentuée depuis quelques années avec l’apparition d’un Shiba nain, une sélection issue de croisements entre Shiba de petite taille.

Disons quelques mots de chacun d’eux. Du fait de sa petite taille, bien adaptée aux intérieurs nippons, le Shiba est l’espèce vernaculaire la plus répandue dans les foyers de l’archipel. Fait assez rare pour les chiens japonais, le Shiba s’exporte ; il connaît un succès grandissant en Occident et, depuis quelques années, il n’est plus rare de voir des éleveurs européens se spécialiser dans cette race exotique. Il faut dire que le bougre a des atouts à faire valoir : une extrême propreté qui confine à la maniaquerie dès son plus jeune âge ; une fidélité à toute épreuve et un esprit très éveillé. Les japonais lui attribuent d’ailleurs une ascendance très particulière, faite d’un quart de chien, d’un quart d’homme, d’un quart de chat et d’un dernier quart de singe. Un croisement propre à obtenir un sacré client, vous ne trouvez pas ?!

L’Akita est le plus grand et le plus costaud de mes cousins. Précurseur à l’exportation, il a fait l’objet de diverses tentatives de croisement avec des chiens occidentaux, dont une avec des bergers allemands, ce qui a donné une version assez réussie, développée au pays des Cadillac sous le nom d’American Akita. Physiquement, il est assez impressionnant. Et quand il se met à causer de sa grosse voix, il n’y a pas que les cloisons en papier de riz qui sont susceptibles de trembler ! Avant l’engouement occidental pour le Shiba, l’Akita était sans doute le chien japonais le plus connu. Et assurément, l’histoire (vraie) de Hachiko, romancée puis plusieurs fois portée à l’écran, n’y est pas pour rien !

HACHIKO, ou l'histoire d'une loyauté indéfectible : Hachiko est un Akita qui a vécu dans les années 1920. Il avait pour maître M. Ueno, qu’il accompagnait tous les matins à la gare de Shibuya (Tokyo) quand ce professeur d’université allait prendre son train. Réglé comme une pendule, Hachiko reprenait, seul, le chemin de la gare tous les soirs pour y attendre son retour. Mais un soir, M. Ueno, victime d’un accident vasculaire cérébral fatal, n’est pas rentré. Pendant les neuf années qui suivirent, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, Hachiko est venu, chaque soir, se poster, toujours à la même place, dans l’attente de son maître. Peu à peu, les familiers de la gare prirent l’habitude d’apporter à manger à Hachiko. L’Akita fut recueilli par des voisins de M. Ueno, sans que cela le dissuade de fuguer pour se rendre quotidiennement à la gare ou devant son ancienne maison. Quand, deux ans avant sa mort, un article relatant son histoire parut dans un grand journal de Tokyo, Hachiko acquit une célébrité allant bien au-delà des seuls habitués de Shibuya. Surnommé « chuken », ou chien fidèle, Hachiko incarne, depuis lors, le concept de loyauté auprès des générations de japonais.
  • BON A SAVOIR : On dit des chiens japonais qu’ils ne se reconnaissent qu’un seul maître au cours de leur vie. Même si l’exemple d’Hachiko est sans doute extrême, c’est néanmoins un élément à prendre en considération quand on décide d’adopter un chiot de cette race. Autant dire qu’il vaut mieux être sûr de soi avant de passer à l’acte, pour le bien du chien assurément, mais aussi pour celui du refuge qui serait amené à le recueillir, et de ses éventuels maîtres de substitution. S’agissant d’Hachiko, plusieurs statues existent pour commémorer cette fidélité hors norme : la première fut inaugurée à Shibuya en 1934, soit un an avant sa mort. Refondue dans le cadre de l’effort de guerre, elle fut remplacée par un second bronze, réalisé en 1948. On peut encore la voir aujourd’hui devant l’entrée de la gare de Shibuya. Une autre statue, de facture plus récente (2004), est installée à Odate, préfecture d’Akita, ville dont Hachiko était originaire. Enfin une statue d’Hachiko accompagné de son maître,  a été érigée en 2015 devant l’université où M. Ueno exerçait.A sa mort, la dépouille d’Hachiko a été récupérée : naturalisée, son enveloppe extérieure est exposée au Musée national de la nature et des sciences de Tokyo. Le reste de sa dépouille a été inhumé au côté de son maître, au cimetière d’Aoyama (Tokyo, quartier de Minato).  Une cérémonie du souvenir est organisée chaque année à Shibuya, au mois d’avril.

Le Kaï est sans doute le chien le plus rare des quatre espèces, un paradoxe quand on sait qu’il est le seul d’entre nous à s’ameuter naturellement. Sa robe bringée est très prononcée, avec une dominance de noir. Son abord physique peu accommodant explique sans doute qu’il n’ait finalement séduit que les familles de chasseur.

A l’opposé, le Hokkaido se pare d’une robe d’un blanc éclatant, ce qui amène parfois l’observateur non éclairé à le confondre avec un Kishu. Or, le Hokkaido est un peu plus grand et plus corpulent que les dignes représentants de ma race. Depuis quelques années, il savoure une notoriété recouvrée grâce à son statut d’égérie d’une grande marque de téléphonie mobile, Softbank, dont il assure toutes les publicités. Par contrecoup, je dois dire que les passants –surtout les plus jeunes- témoigneront souvent de leur ignorance sur la gente canine en me désignant, moi et les autres Kishu de rencontre, sous le sobriquet erroné de « Softbank ». 

A l’origine, tous ces chiens ont une fonction utilitaire, unique raison pour laquelle on les élève depuis des siècles : la chasse. Si le Shiba se cantonne à débusquer les oiseaux et le petit gibier, tous les autres sont rompus, qui à la traque du sanglier, qui à celle des cervidés ou des ours. Dans un pays où la pratique cynégétique tend à se perdre au fil des générations, mes cousins ont bien failli disparaître au cours de la première moitié du XXe siècle. Fort heureusement, chacune de ces races a pu survivre, notamment grâce à leur élévation au statut de « Monument national » dans les années 1930. Et de fait, ces primitifs nippons ont été amenés à évoluer, jusqu’à devenir aujourd’hui, aussi et surtout, des animaux de compagnie. Cependant, force est de constater que les races canines importées nous livrent, à tous, une féroce concurrence. De nos jours, les familles japonaises sont par trop conditionnées mentalement à apprécier, plus que de raison, tout ce qui vient de l’étranger, plus spécialement des Etats-Unis d’Amérique et d’Europe. Du Chihuahua au Boxer français en passant par la famille des Loulou, la mode, ici, est aux chiens de petite taille, non utilitaires et mieux adaptés à des logements où chaque mètre carré est précieux !

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