Episode 13 : Retour au Japon

Mon dossier sanitaire japonais est valide pendant deux ans ; la procédure de rentrée est donc simplifiée. Un détour à Vannes pour obtenir le coup de tampon réglementaire du service préfectoral et je suis parée au départ. Je quitte mon jardin breton la veille de notre envol pour gagner un hôtel Campanile proche de l’aéroport. Mon père me sort plusieurs fois durant la nuit, plus pour me fatiguer que pour me laisser satisfaire aux nécessités d’un besoin naturel. Maintenant que j’ai eu une première expérience de vol transcontinental, il appréhende ma réaction à l’embarquement. Pour des raisons d’horaire, mon père a préféré arriver sur Osaka, aéroport Kansai International, plutôt que sur Tokyo Narita. Mon embarquement à Roissy s’opère suivant la même procédure qu’à Tokyo : enregistrement, contrôle et verrouillage de ma caisse puis attente à l’écart, dans la zone dédiée aux bagages hors format, avant de rejoindre la soute en véhicule de service.

Nous nous posons à Osaka à huit heures du matin, le 16 avril. Pendant que mon père se soumet à la procédure express des formalités Covid, on m’amène sur un charriot dans le hall des bagages où je patiente en attendant son arrivée. Je passe ensuite au contrôle sanitaire, une formalité qui consiste essentiellement à la vérification des documents et à la lecture des informations transmises par ma puce électronique. A 10h je peux enfin sortir de ma caisse pour boire un peu d’eau énergétique, refaire fonctionner mes pattes et souhaiter le bonjour à ma mère qui est venue nous récupérer.             

Mon nouveau domicile est une maison de ville située à 300 mètres à vol d’oiseau de la promenade piétonne faisant le tour du lac de Suwa –le 25e plus grand lac du Japon avec une circonférence de 16 km, une superficie de 12.9 km² et une profondeur maximale de 7.60m. Durant les prochains mois, ce lac sera mon principal lieu de promenade, deux à trois fois par jour. La maison compte un petit séjour avec un coin cuisine et un espace salle de bains attenant en rez-de-chaussée, et trois chambres à l’étage, dont une ouvrant sur un petit balcon, théoriquement interdit aux animaux. C’est pourtant là que je passerai d’agréables moments, allongée sous le soleil printanier, puisqu’il n’y pas de jardin. Surtout que j’y ai retrouvé mon gazon synthétique (enfin un autre, neuf, en réalité) ! Ma meute s’organise de manière encore différente, cette fois-ci. A l’étage, j’ai le bénéfice de la chambre donnant sur le balcon – avec une petite vue sur le lac. Ce sera ma salle de jeux en quelque sorte, et mon lieu de repli quand je veux être tranquille. Les deux autres chambres, d’à peine 8m², servent de bureaux. Nous dormirons donc tous dans le séjour, à la japonaise sur des futons posés à même le parquet. Et même si je dispose de ma cage et d’un tapis, je vais vite prendre l’habitude de dormir sur le futon paternel.  

Il n’y a plus de carreaux de liège, ni de cartons et autres bouteilles d’eau pour protéger sol et murs des excès de ma vitalité. Ma mère a préféré poser quelques tapis au-dessus d’un isolant thermique afin d’éviter les rayures que pourraient laisser mes griffes. Comme j’ai un accès libre aux différentes pièces, salle d’eau excepté, l’organisation de ce nouvel environnement me convient.

Je renoue très vite avec le petit lac Megami plus haut sur la montagne, histoire de faire trempette de temps à autre. Autant il ne faut pas me pousser pour aller à l’eau ou prendre l’initiative de nager, autant je déteste la douche que mes parents m’imposent plusieurs fois par an, sous prétexte qu’un chien blanc ne doit pas virer au gris ! Bon, j’avoue qu’il m’arrive de me rouler sur des surfaces terreuses qui peuvent laisser des traces au passage. Mais je tolère si bien le passage à la lingette ; pourquoi chercher à me traumatiser de la sorte ?!

Et puisque j’en suis à évoquer l’hygiène corporelle, je vous confirme ce qu’il est dit sur la fiche Kishu que vous pouvez consulter sur mon site Internet : lorsque c’est la saison de la mue, je perds effectivement beaucoup, mais vraiment beaucoup de poils. Avis aux personnes rétives à l’aspirateur ! En revanche, vous entendrez peut-être des gens dire que le Kishu n’aime pas être manipulé. En ce qui me concerne, rien de plus faux : j’adore les massages dès lors que c’est moi qui les sollicite, naturellement. Alors je pense que cette question dépend pour beaucoup de l’éducation qui est donnée durant les premiers mois de notre vie. Mes parents m’ont régulièrement taquinée, titillée, massée à cette époque, y compris au moment de mes repas, comme pour m’apprendre à tolérer le contact tactile. C’est vrai que le Kishu n’est pas un chien affectueux, version pot-de-colle. Mais s’il ne donne pas vraiment, il peut apprécier de recevoir. Tout dépend des circonstances et du moment. Moi, je suis une bonne patte : mes parents peuvent tout me faire, dès lors qu’ils n’agissent pas par surprise. Et je ne déteste pas de me faire caresser par le facteur ou le livreur, à partir du moment où il sait s’y prendre avec les chiens.

C’est à la fin du mois d’avril, en bordure du lac, à une heure matinale anticipant de potron-minet, que je fais ma première rencontre avec un renard. Il rentre de sa maraude nourricière en cap inverse. Je sais me montrer très active sur les chats et ce nouveau venu présente une taille somme toute équivalente, hormis son énorme queue qui double la longueur du corps ! Une seule chose à faire, m’asseoir, puis m’allonger dans la posture du Sphinx et attendre. Le renard s’avise enfin de notre présence ; il ralentit le pas, puis entreprend de faire un détour. J’observe. Le renard vient de nous dépasser ; je tourne la tête et du regard, je demande à mon père ce qu’il convient de faire. Signal de marche avant toute, mais autorisation d’aller sentir cette odeur inconnue. A cet instant, j’ignore encore que les renards seront mes plus fidèles compagnons moins d’un an.

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